Décret du 9 octobre 2026 sur l’efficacité énergétique des bâtiments : ce qui change pour construire à Bamako
Le vendredi 9 octobre 2026, le Conseil des ministres a adopté deux décrets qui touchent directement à la manière de construire et d’équiper un logement au Mali. Le premier fixe des exigences d’efficacité énergétique pour les bâtiments neufs. Le second impose un étiquetage énergétique sur les lampes et les appareils électroménagers neufs vendus dans le pays.
Pour qui prépare un chantier à Bamako, achète sur plan ou conçoit un immeuble à louer, le premier texte est celui qui compte. Il ne change rien du jour au lendemain, mais il installe une règle nouvelle : un bâtiment neuf doit désormais être pensé pour consommer moins d’énergie, notamment pour se rafraîchir.
L’essentiel en 30 secondes
- Deux décrets adoptés le 9 octobre 2026 : efficacité énergétique des bâtiments neufs et étiquetage des appareils.
- Pour les bâtiments neufs, des exigences minimales portent sur l’isolation thermique, la climatisation et l’éclairage.
- Les textes transposent deux directives de l’UEMOA datées du 26 juin 2020.
- Les seuils techniques précis sont à lire dans les textes publiés : ne vous fiez pas aux chiffres qui circulent sans source.
- Le bon réflexe : intégrer ces postes dès les plans et les faire chiffrer ligne par ligne dans le devis.
Que contient exactement le décret sur les bâtiments neufs ?
Le décret fixe des exigences minimales de performance énergétique pour les constructions nouvelles. D’après le communiqué du Conseil des ministres, elles portent sur trois postes : l’isolation thermique, l’efficacité des systèmes de climatisation et les performances de l’éclairage. Le texte est présenté comme adapté aux températures élevées du pays et à des besoins de rafraîchissement qui pèsent lourd dans la consommation des ménages.
Le communiqué ne détaille ni les seuils chiffrés, ni le calendrier d’application, ni les contrôles prévus. Ces éléments relèvent du texte lui-même et, le cas échéant, de ses arrêtés d’application. Tant qu’ils ne sont pas publiés, la seule attitude raisonnable est de traiter ces trois postes sérieusement dans tout projet qui démarre, sans s’inventer de normes.

Pourquoi le Mali adopte-t-il ce texte maintenant ?
Ces décrets transposent dans le droit malien deux directives de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) adoptées le 26 juin 2020 : l’une sur l’étiquetage énergétique des lampes et appareils électroménagers, l’autre sur l’efficacité énergétique dans la construction des bâtiments. Les États membres doivent reprendre ces règles communes dans leur propre législation ; le Mali le fait avec ces deux textes.
Le contexte rend la démarche concrète. L’année 2026 a été marquée par des tensions fortes sur l’électricité et le carburant, et par des délestages longs dans de nombreux quartiers. Un bâtiment qui garde la chaleur dehors, c’est moins de climatisation, donc une facture plus légère et un groupe électrogène qui tourne moins longtemps. Nous avions déjà décrit ces leviers dans notre guide pour construire une maison fraîche à Bamako sans climatisation : le décret leur donne désormais un cadre réglementaire.

Qui est concerné par le décret ?
Le texte vise les bâtiments neufs. Sont donc d’abord concernés :
- les particuliers qui font construire leur maison, y compris en autoconstruction par étapes ;
- les promoteurs qui lancent des programmes de logements ou d’immeubles ;
- les investisseurs qui bâtissent pour louer, en particulier des immeubles d’appartements climatisés ;
- les architectes, bureaux d’études et entrepreneurs qui conçoivent et réalisent ces projets.
Les bâtiments existants ne sont pas mentionnés dans le communiqué. Un propriétaire qui loue une maison déjà construite n’a donc pas, en l’état de l’information disponible, d’obligation nouvelle à respecter. Il a en revanche tout intérêt à moderniser climatiseurs et éclairage, ce que nous détaillons dans notre article sur l’équipement d’un logement à louer après le décret.
Isolation, climatisation, éclairage : que faut-il prévoir concrètement ?
Sans attendre les seuils officiels, les bonnes pratiques de construction en climat chaud sont connues. Elles recoupent exactement les trois postes visés par le décret.
L’isolation et la protection solaire. La toiture est la première source de chaleur dans une maison de plain-pied : une dalle exposée en plein soleil restitue sa chaleur toute la nuit. Une toiture isolée, ventilée ou protégée, des débords qui ombragent les murs, des façades est et ouest peu percées font une différence que l’on ressent dès la première saison chaude. Les matériaux à forte inertie, comme la brique de terre, y contribuent.
La climatisation. Un climatiseur surdimensionné consomme et s’use pour rien ; un climatiseur sous-dimensionné tourne sans arrêt. Le dimensionnement se fait pièce par pièce, en fonction de la surface, de l’exposition et de l’isolation. Les appareils à technologie inverter, qui modulent leur puissance, consomment nettement moins qu’un modèle qui démarre et s’arrête en permanence.
L’éclairage. C’est le poste le plus simple : ampoules LED partout, et des pièces de jour conçues pour profiter de la lumière naturelle sans laisser entrer la chaleur.

Combien ces exigences ajoutent-elles au coût d’un chantier ?
Aucun chiffrage officiel n’accompagne le décret, et il serait malhonnête d’en avancer un. Ce que l’on peut dire, c’est où se situent les surcoûts : l’isolation de la toiture, les protections solaires, des menuiseries de meilleure qualité et des climatiseurs plus performants à l’achat. À l’inverse, une maison bien conçue permet souvent d’installer moins de puissance de climatisation, ce qui compense une partie de la dépense.
La vraie question est celle du coût total sur la durée de vie du bâtiment. Une construction qui consomme moins coûte moins cher à habiter chaque mois, se loue plus facilement et résiste mieux aux délestages. Dans un marché où le ciment et le fer à béton pèsent déjà lourd dans le budget, la tentation sera de rogner sur ces postes : c’est souvent un mauvais calcul.
Vous achetez sur plan : que demander au promoteur ?
Un acheteur sur plan ne voit pas le bâtiment avant de s’engager. Il doit donc obtenir par écrit la manière dont le projet traite ces trois postes. Demandez la nature de l’isolation de la toiture, le type de menuiseries, la présence de protections solaires sur les façades exposées, la puissance et le type de climatiseurs prévus, et l’éclairage des parties communes.
Exigez surtout que ces éléments figurent dans la notice descriptive annexée au contrat, avec les marques ou les performances des équipements. Une promesse orale de « maison fraîche » ne vaut rien au moment de la livraison. Si vous faites construire vous-même, les mêmes points doivent apparaître dans le devis et dans votre contrat avec l’entrepreneur, poste par poste.

Que faut-il surveiller dans les prochains mois ?
Trois choses. D’abord, la publication du texte intégral, qui donnera les seuils, le champ exact d’application et la date d’entrée en vigueur. Ensuite, les éventuels arrêtés techniques qui préciseront les méthodes de calcul ou les pièces à fournir. Enfin, la manière dont ces exigences seront contrôlées, par exemple au moment de la demande d’autorisation de construire ou de la réception des travaux.
D’ici là, un projet qui démarre aujourd’hui gagne à être conçu comme s’il devait déjà s’y conformer. C’est le moyen le plus sûr d’éviter une mise en conformité coûteuse en cours de chantier, et de construire un bien qui gardera sa valeur.
Sources
- Communiqué du Conseil des ministres du vendredi 9 octobre 2026, CM n°2026-40/SGG, repris par Maliexpress.
- « Électricité et construction : le gouvernement malien mise sur les économies d’énergie », Bamada.net, 10 octobre 2026.
Questions fréquentes
Le décret s’applique-t-il aux maisons déjà construites ?
Non, d’après le communiqué officiel, il vise les bâtiments neufs. Une maison existante n’a pas d’obligation nouvelle à respecter, mais son propriétaire a intérêt à moderniser climatiseurs et éclairage pour réduire les factures et mieux louer.
Quelles sont les exigences précises en matière d’isolation ?
Le communiqué ne les détaille pas. Les seuils chiffrés figurent dans le texte du décret et, le cas échéant, dans ses arrêtés d’application. Méfiez-vous des valeurs qui circulent sans référence au texte publié.
Quand le décret entre-t-il en vigueur ?
La date d’entrée en vigueur n’a pas été précisée dans le communiqué du 9 octobre 2026. Elle sera fixée par le texte lui-même lors de sa publication.
Pourquoi parle-t-on de directives UEMOA ?
Parce que les deux décrets transposent des directives adoptées par l’UEMOA le 26 juin 2020. Les pays membres doivent intégrer ces règles communes dans leur droit national, ce que fait le Mali avec ces textes.
Une maison mieux isolée coûte-t-elle plus cher à construire ?
Elle demande des dépenses supplémentaires sur la toiture, les menuiseries et les protections solaires, mais permet souvent d’installer moins de climatisation. Sur la durée, la baisse des factures et la meilleure attractivité locative compensent une large part du surcoût.
Que dois-je exiger d’un promoteur qui vend sur plan ?
Une notice descriptive écrite qui précise l’isolation de la toiture, les menuiseries, les protections solaires, le type et la puissance des climatiseurs et l’éclairage. Ce document doit être annexé au contrat de réservation ou de vente.